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La nouvelle chanson de l'oiseau étranger
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Aimer un auteur peu lu, peu publié, c’est s’exposer à beaucoup de peines : on chérit les quelques livres que l’on a déjà comme les reliques d’un proche défunt que l’on s’efforce de ramener à la vie bribe par bribe, en traquant l’œuvre éparpillée au hasard de ses errances. Très vite, les lieux que l’on fréquente habituellement ne suffisent plus : la pièce manquante est forcément ailleurs, hors de portée et désirable comme une louve romaine. Il faut s’éloigner, partir sur de nouvelles pistes, accepter de ne pas trop en vouloir tout de suite : trop d’agitation fait peur aux livres manquants, qui s’éparpillent à l’approche de nos pas.
Aujourd’hui, j’ai descendu un escalier en bois qui m’amenait dans le ventre d’une librairie parisienne ; un endroit fascinant parce qu’il ne semble pas contenir des livres, mais en être constitué. Murs, arches, recoins : tout ici n’est qu’un empilement de papiers anciens, retirés à une autre vie et remplacés dès lors qu’une main se pose sur eux. Une crypte dont l’interminable et mouvante épitaphe se réécrit jour après jour au gré des arrivages. Pendant cette descente, à ma droite, sur une étagère – en fait un simple rebord - j’ai vu un livre qui me manquait. J’avais justement en tête, une fois parmi les rayonnages, de me jeter vers la lettre B. Là, ma proie s’offrait spontanément à moi, de manière d’autant plus surprenante que ce livre, je n’en avais jamais entendu parler. Je l’ai pris en main ; il ne coûtait rien. Mais le moment n’était pas venu, il ne pouvait s’agir que d’une aberration de l’espace-temps. Je n’étais pas supposé l’acquérir maintenant, pas avant de l’avoir cherché. J’ai desserré les doigts pour le relâcher ; il est allé regagner son perchoir, mais je sais que je l’ai alerté. A ma prochaine visite, il se sera sans doute envolé pour de bon. A ce moment là, seulement, je pourrai m’entendre dire « qu’on n’en a plus, et qu’il sera difficile à retrouver à présent ». Il y aura du regret, puis une démence euphorique. A notre prochaine rencontre, je l’aurais mérité.
Plus tard, je suis allé là où je ne vais jamais. Du moins, pas à cette heure, pas aussi seul, ce qui revient au même. La nuit est tombée plus vite que je ne l’aurais imaginé, elle était totale quand j’ai à nouveau foulé le trottoir. J’ignorais où j’avais bien pu apparaître, même si je savais qu’à quelques rues d’ici, il y avait celle que je cherchais. Avec anxiété, je me suis rapproché de la lumière, embarrassé par ma propre condition, honteux de chercher ainsi l’agitation. Une table m’attendait : je suis passé trois fois devant pour m’en assurer, à quelques minutes d’intervalle. J’ai fait ce que font les autres gens, j’ai commandé à boire. Un livre sur les genoux, j’ai mis de longues minutes à profiter du moment, et même à comprendre pourquoi j’avais tenu à le susciter. Et puis, le miracle s’est produit : j’ai eu conscience de vivre l’une de ces journées qui, malgré leur apparente banalité, ne s’oublient pas (ce ne sont pas les événements qui comptent, mais leur agencement, et notre détermination à les arracher au présent). Rarement peut-on les apprécier au moment où on les vit. Les trois Etrangers, à la table à côté, finirent par me parler. Une fois que je les eus rejoints, j’appréciai d’autant leur conversation que je savais que je ne les reverrai jamais. Ils me souriaient, et moi, je saluais déjà en eux les fantômes qu’ils deviendraient dès lors que nous aurions passé le pas de la porte, que je serais revenu dans la rue – comment s’appelle-t-elle, déjà ? – d’où j’ai émergé. Je suis retourné chez moi, j’avais fait le plein de brumes. Un peu triste, aussi, car une journée comme celle-là, il n’y en a, au mieux, qu’une par été…
Posté le 8-/-0/2007 à 05: 1
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La fin des temps
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Ce matin s’ouvrait le procès de Charlie Hebdo, suite à une plainte déposée par l’UOIF et la Grande mosquée de Paris pour la parution des fameuses caricatures danoises dans l’hebdomadaire. Sur le coup, j’avoue ne pas avoir mesuré l’ampleur de ce qui se nouait ; à présent, je ne suis plus seulement en colère mais désespéré. Au sens strict. J’ai vécu de nombreuses années sans avoir d’autre idéal à défendre que mes propres aspirations ; durant ce temps, j’ai reçu. Plus tardivement, il s’est imposé à moi l’idée qu’il était temps que je donne à mon tour. Et le peu que je peux donner à la Cité, c’est mon investissement dans l’idéal laïque : un travail sur mon entourage et tous ceux que je peux toucher par ma position. C’est dans la laïcité que je me repère en tant que citoyen. A travers le procès de Charlie Hebdo, c’est la question du délit de blasphème qui est en jeu ; toute jurisprudence entérinant son retour entraînerait la mort de la laïcité telle que nous l’envisageons. Où fuir si les ennemis de la laïcité triomphent ? L’Uruguay, le Japon, l’Inde, Cuba ou le Mexique ? De tous les rares états laïcs, la France était sans doute celui qui en défendait le plus ardemment la beauté. Les grands désastres partent souvent de peu de chose ; une allumette mal éteinte peut venir à bout d’un château, pour peu qu’on la jette où il faut. Aujourd’hui, je regarde la fumée s’échapper des fenêtres, un petit arrosoir à la main. Et s’il ne suffit pas, je donnerai ce qu’il me reste de larmes pour éteindre encore une flamme ou deux.
Posté le 2-/-0/2007 à 08: 0
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Grand Obaldia Malade
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Bien que je trouve ses textes très sympathiques à défaut d'être de la grande littérature (voire, de la littérature tout court, ce qui d'ailleurs n'a rien de grave), j'avoue que le concert de louanges adressées par un public et une presse incultes à Grand Corps Malade me crispait un peu jusqu'à aujourd'hui 19h48. A cette heure, j'ai entendu l'académicien français René de Obaldia lire des passages de son dernier ouvrage sur Europe 1. Je retire donc ce que j'ai pu dire ou penser : si de pareils bouffons sont encore à l'Académie Française, Grand Corps Malade peut légitimement prétendre à sa place.
Posté le 7-/-0/2006 à 11: 2
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Architecture comparée
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Soit Dieu existe, auquel cas Il est tellement omnipotent, omniscient et omniprésent que ce n'est pas la peine d'en parler, soit Il n'existe pas et c'est encore moins la peine d'en parler.
Je dis ça pour rire, bien entendu. Il vaut mieux rire quand on est en colère !
Posté le 6-/-0/2006 à 28: 2
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Hostel
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A quoi tient le malaise éprouvé devant Hostel, même par amateurs endurcis de films d’horreur ? Du dégoût, de l’épouvante… mais aussi beaucoup de colère. Tâchons de mettre de l’ordre dans ce chaos.
Du point de vue de sa structure, Hostel ne peut être directement rapproché de films phares du cinéma d’horreur. S’il se limitait à ses deux premières parties clairement délimitées (les aventures sexuelles de trois étudiants américains dans la vieille Europe, puis leur séquestration et leur torture), le film évoquerait la construction d’un Cannibal Ferox : les personnages se mêlent d’abord avec une certaine condescendance à une population qu’ils ne connaissent pas, abusent d’elle, avant de passer du statut de prédateur à celui de proie. Les indiens d’Amazonie sont ici remplacés par les « gens de l’Est », mais il ne s’agit que d’une question de décorum. Seulement, Hostel se clôt par une sorte d’épilogue qui renverse une nouvelle fois l’échelle proie/prédateur, et cette inversion n’est pas sans conséquence. Nous y reviendrons plus loin.
Sur le chapitre de la forme, Hostel surprend. Nous avons là un film produit par Quentin Tarantino qui, malgré la banalité de sa mise en scène, s’affiche (par une photo assez réussie, notamment) comme un objet soigné. Rien dans l’image ne respire a priori le crapoteux, contrairement aux modèles du genre « torturesploitation » que pouvaient être les Ilsa, par exemple. Même dans sa deuxième partie, qui n’a pas d’autre objectif que de montrer des images de mutilations atroces, on reste dans le cadre d’une œuvre sophistiquée. C’est sans doute de ce décalage entre le budget mis en œuvre (5 millions de dollars, ce qui est peu selon les critères hollywoodiens mais plus que suffisant pour un "film de série") et le but poursuivi (médiocre) que naît réellement l’impression de malsain. Là où à une époque, les films d’exploitation se contentaient de compenser leur évident manque de moyens, d’idées et d’ambitions artistiques par une surenchère horrifique misant exclusivement sur le dégoût viscéral, le piétinement des tabous – dans une démarche qui rappelle celle du porno : droit au but avec pas grand-chose – Hostel et ses semblables transforment une nécessité d’ordre quasi-économique en finalité. Bref, le revirement de ton du film n’en est que plus saisissant et dérangeant.
Du fonds ? Des enjeux ? Hostel n’en a pas, mais cela n’est en rien une exception dans le cinéma d’horreur. Le genre est constitué dans sa majorité d’œuvres qui n’ont d’autre but que de retourner l’estomac, choquer, horrifier, bref, exposer le spectateur à une série d’émotions primaires. Et si l’on met de côté toute considération morale ou psychologique, leur qualité tient avant tout à la manière dont cette horreur est mise en scène. A quelques rares occasions, l’horreur peut servir un propos politique ou social (les films de Romero), s’inscrire dans une recherche esthétique (le cinéma d’Argento), tenir lieu de métaphore (les premiers films de Cronenberg) ou plus fréquemment renforcer la volonté d’étrangeté d’une œuvre. Les films de ce dernier type pourraient se concevoir sans le recours à l’horreur visuelle. Un bon exemple est Massacre à la tronçonneuse qui bénéficie de deux versions toutes deux excellentes, l’une pratiquement exempte de scène gore, et l’autre jouant habilement sur ce tableau (le remake). Hostel, à l’inverse, n’existe que par l’horreur de sa seconde partie. Or, celle-ci se décline en deux factions, toutes les deux très contestables.
a) Dans un premier temps, les héros sont torturés par des gens organisés, revêtus d’uniformes et tabliers sombres. Les mutilations sont méthodiques, parfois sauvages, extrêmement explicites et d’une incroyable cruauté. Une dimension qui n’est pas aussi fréquente que cela dans le cinéma d’horreur (du moins, ne l’était pas) vient se greffer au film. Alors que dans les années 70 et 80, une mutilation, une énucléation, etc, étaient en général les conséquences d’un accident ou d’une confrontation, un « dommage collatéral », celles de Hostel n’ont pas pour but de neutraliser ou tuer immédiatement les personnages, mais, préalablement, de les humilier. Le caractère systématique du procédé nous renvoie, cette fois, aux premiers moyens-métrages japonais Guinea Pig. On est alors en droit de se poser la même question que Barry Convex dans Videodrome : « Alors pourquoi, Max ? Pourquoi les gens regardent-ils une merde comme Videodrome ? ». Bonne question, à laquelle on se gardera bien de répondre. Toutefois, dans le cas de Hostel, on ne peut pas s’empêcher d’être gêné, au-delà des actions commises, par leur contexte qui évoque forcément les expérimentations nazies. Ce sous-sol glauque renvoie directement aux atrocités commises par Mengele et ses complices, et il faut être inculte ou idiot pour ne pas s’en rendre compte. Hostel confirme une tendance : l’imagerie des camps de la mort est définitivement passée dans le fonds référentiel du cinéma d’horreur, comme ont pu l’être l’inquisition ou le cannibalisme dans les années 60 à 80. Dans tous les cas, il s’agit de postures qui vont de l’inconfortable à l’inadmissible quand elles n’ont pas d’autre but que de choquer le bourgeois.
b) Une autre forme d’horreur, visible dans les dernières minutes du film, consiste à représenter de manière réaliste des accidents qui n’ont en soi rien d’inhabituels, mais d’une manière que l’on n’est pas habituée à voir au cinéma. Piétons renversés par des voitures, écrasement par un train, bagarre de rue qui vire au massacre… Cette fois, Hostel louche plutôt du côté des shockumentaires (souvent falsifiés) tels que le classique Faces Of Death. Plus que jamais, l’horreur ne sert pas ici à transcender un propos ou un climat, mais à exacerber le voyeurisme le moins élaboré qui soit.
Dans son épilogue, plutôt que de s’en tenir au « cartonnage » de ses personnages principaux, Hostel montre l’un d’eux rendu fou par le désir de vengeance égorger un de ses anciens bourreaux (allemand, bien sûr !) dans les toilettes d’une gare, non sans lui avoir préalablement tranché les doigts. Un twist qui achève de construire le caractère poliment réactionnaire de Hostel. Alors que la première partie et son pendant horrifique relevaient du poncif puritain « le péché de chair sera puni par la mort » propre à la plupart des films d’horreur pour teenagers (ceux qui s’en tirent, ce sont toujours ceux qui n’ont pas fait l’amour, voir Jason, Freddy et compagnie), cet ultime soubresaut vient célébrer la justice expéditive et la peine capitale. Tout est fait pour que le spectateur tire un soulagement de cette exécution sordide, et en vienne même à la souhaiter (comme une juste vengeance). Ce que l’on pourrait sinon pardonner, du moins s’expliquer venant d’un Charles Bronson de fin de course ou d’un bis italien des années 80 revêt ici un caractère proprement insupportable. Ce n’est pas l’horreur en soi qui est intolérable dans Hostel (au fond, on a déjà vu au moins aussi gore avant), mais son utilisation. Des films récents et extrêmement explicites comme Destination Finale exploitent un filon un peu crétin mais tellement décalé de toute réalité qu’il en devient matière à plaisir, sans trop se poser de questions ; Hostel ne fait que se vautrer dans la saleté, dans une espèce d’élan cynique et mysanthrope. Une critique sociale, un pamphlet sur la prostitution dans les pays de l’Est ? Ce n’est pas en contribuant à l’infâme qu’on y remédiera.
Posté le 6-/-0/2006 à 16: 1
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L'ange à la fenêtre d'Orient
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J’observe cette photo depuis cinq minutes. Peut-être devrais-je commencer à me demander pourquoi je l’ai prise ? J’arpentais l’une de ces aberrations dont Paris récompense parfois les passants professionnels : une rue qui en coupe une autre sans la toucher, comme le boulevard de Port Royal avec l’inévitable rue Broca. En son centre, donc, voilà que l’on enjambe brutalement la rue Pierre Sémard dont les bâtiments s’ouvrent de part et d’autre comme une paire de volets, pour surplomber tout le quartier Cadet et en particulier le square Montholon. On a coutume de dire que compte tenu de la distance considérable qui nous sépare des étoiles et du temps que met leur lumière à nous parvenir, contempler un ciel d’été dégagé, c’est plonger son regard dans le passé. Depuis cette petite balustrade en fer, c’est aussi un Paris de toutes les époques que l’on observe, qui concentre dans l’instant son histoire et son avenir. Un peu plus loin, avant que cette rue sans âge ne se jette dans le fleuve Lafayette (on a beaucoup écrit sur les sources du Nil, mais qui sait en quel étrange filet d’eau se termine la rue Lafayette ?), il y a justement ce parking. Une façade impeccable et vieillotte, des lettres en néon comme celles d’un ancien cinéma : oui, on dirait qu’aujourd’hui, Le Parking joue Garage. A moins que cela ne soit le contraire. Je sais que l’immeuble sera encore là dans dix ans, la peinture blanche seulement un peu craquelée, que rien n’aura bougé autour de lui, et c’est sans doute pour cela que ce midi, par cette belle journée, je me suis senti si rassuré. La superbe de Paris se trouve sans doute dans ses monuments ; son esprit, lui, se cache dans ce parking et ses semblables…
Posté le 6-/-0/2006 à 16: 0
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Mon, ma, moi
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Mon, ma, à moi ! Cette litanie vient tout juste de me rendre fou. Nous sommes inondés de publicités, d’annonces, d’offres pour des services personnalisés, soumis à nos caprices de consommateurs ou de simples utilisateurs et revendiquant cette singularité par les magiques « mon » et « ma » : « maLigne TV », « Mon Yahoo ! », « Mes favoris », « Mes documents »… Aujourd’hui, il nous faut, je crois, mesurer le fossé qui existe entre des expressions apparemment identiques comme « Votre facture » et « Ma facture ». Si je lis « Votre facture » en tête d’un courrier, l’illusion d’un dialogue se crée ; j’ai l’impression qu’on me parle, quand bien même ces deux mots sont apposés automatiquement par une machine. Si je lis « Ma facture », je reste dans mon monde, l’extérieur s’efface, et je m’emprisonne dans une pseudo-autarcie où tout semble avoir été pensé, mûri et conçu pour ma personne. Bien sûr, dans les deux cas, je paierai la même somme. Mais avec « Ma facture », l’acte banal qui consiste à payer ses dettes devient unique, ne prend son sens qu’à travers moi. Je deviens le roi-soleil de mon quotidien, celui autour de qui tout s’organise. Ce matraquage du « mon/ma/moi » qui a pris son essor en même temps qu’Internet est-il l’émanation d’une mentalité tristement individualiste, ou sa cause ? En réalité, l’effet est devenu source. Ces formules commerciales mettent le principe d’égalité en échec : en prônant le cas particulier, le traitement de faveur, on singularise chaque être en lui insufflant l’idée qu’au fond, il vaut mieux et mérite davantage que son prochain. Oh bien sûr, l’idée que l’on s’occupe correctement de moi et que l’on cible mes attentes ne me gêne en rien. Mais je veux qu’il en soit de même pour mon voisin, et ne tire aucune espèce de satisfaction à m’imaginer avoir quelque chose que lui n’a pas. Et puis, de quel droit quelqu’un utiliserait-il « mon » ou « ma » à ma place ? Ces mots n’ont aucun sens dans la bouche ou sous la plume d’un autre. « Touche pas à mon », serais-je tenté de dire.
Posté le 6-/-0/2006 à 01: 2
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Héros des thermes
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J’ai confondu héroïsme et aventure pendant trop longtemps. Le premier ne pouvait se traduire pour moi que par un acte isolé, pittoresque dans son sens premier, spectaculaire et bref. Un coup d’éclat ; un fait d’armes ; une poussée de courage dans laquelle renaît l’espoir. J’associais l’héroïsme à l’idée d’un danger imminent, à la proximité de la mort ; je ne voulais concevoir le héros que comme celui ou celle qui risque sa vie dans une situation de crise ponctuelle, ou qui cherche à dessein la proximité de telles situations. Je ne me le reproche pas, aujourd’hui, moi qui n’ai pas vécu d’autre aventure que celle d’ouvrir un livre ou un cahier vierge. Me voilà plus vieux, cependant : à défaut d’en avoir vu davantage, j’écoute mieux et sans doute m’intéressè-je plus aux autres. Il y a quelques semaines de cela, je me promenais le long des Thermes de Cluny quand un jeune homme m’a interpellé. Le crâne rasé, les joues creuses, un bloc-notes sous le bras et une veste aux couleurs de Médecins sans frontière. Il m’a demandé si j’avais cinq minutes : on les a toujours, au fond. Après quelques échanges, pendant que je remplissais un petit formulaire, j’ai demandé au jeune homme s’il travaillait bénévolement. Il m’a répondu : « Non, monsieur, c’est un vrai boulot. Enfin, théoriquement, ça marche par missions, mais personne ne tient plus de six mois. C’est dur, d’être debout dans la rue dix heures par jour, à parler aux gens. Moi, je fais ça depuis plus d’un an. Avant, j’étais maître-chien, je virais les clochards dans le métro. Et puis une nuit, il faisait trop froid, j’ai pas pu, je les ai laissés dormir au chaud. Je me suis fait virer le lendemain, et je me suis dit que je ne ferai plus que de l’humanitaire. » Etre ému, c’est à la portée de n’importe quel égoïste : encore faut-il apprendre de son propre trouble. Or, avant d’écrire ces lignes, je voulais être certain de ne pas me complaire dans ce faux émerveillement bourgeois qui pousse à s’exclamer en société, après avoir rencontré quelqu’un d’une autre origine sociale ou d’une autre ethnie, « Ces gens là sont formidables ». Bien ! j’en suis à présent sûr. L’héroïsme de ce jeune homme s’inscrit dans la durée, la monotonie, la fatigue et l’ingratitude. Voilà un héros qui n’est ni soldat ni aventurier, que je n’ai nulle envie d’être et qui a d’autant plus mon admiration. Je ne crois pas m’avancer en disant que je ne l’oublierai pas. Et je plains ceux qui n’avaient pas cinq minutes…
Posté le 5-/-0/2006 à 29: 2
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X-Desdichado
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Je suis le ténébreux, le veuf, l'arme X,
Le prince d'Aquitaine au squelette d'Adamantium.
Jean grey est morte et Cerebro
Porte le soleil noir de la mélancolie.
Gérard de Serval
Posté le 5-/-0/2006 à 29: 2
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Les portes se referment
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Le 1er avril, un des hauts-lieu de mon adolescence – et de ma vie d’adulte dans une mesure différente – va fermer ses portes : la Fnac Italiens, avec sa petite entrée discrète empruntée au cinéma qui se trouvait là avant, sera remplacée par un Monoprix. Un lieu de consommation qui en chasse un autre ? La Fnac Italiens vendait avant tout des disques et des films, un peu de bandes-dessinées aussi ; des produits culturels, donc, pas des paquets de lessive. Il ne viendrait à personne l’idée de considérer un magasin Harmonia Mundi comme un fief du mercantilisme, et ma chère Fnac du boulevard des italiens mérite la même clémence. Ce n’était pas une Fnac comme les autres ; toujours calme, à échelle humaine, elle pouvait s’enorgueillir d’excellents vendeurs et d’un achalandage pointu dans tous les domaines musicaux.
All those years ago… A ses débuts, la Fnac Italiens fermait tous les jours à minuit. A l’époque de mes vingt ans, avoir le permis de conduire, cela signifiait pouvoir filer à la Fnac Italiens depuis ma triste banlieue une fois la dernière bouchée du dîner avalée. Difficile de se garer, dans le coin… Mais à 22h30, on trouvait toujours. C’est dans ce sous-sol que j’ai pour la première fois tenu dans mes mains puis acheté un disque de Led Zeppelin, le fameux IV avec Stairway To Heaven, malgré les conseils d’un vendeur passionné qui m’enjoignait à commencer par le II (je ferais le même conseil aux jeunes d’aujourd’hui). C’est là que, la semaine de sa sortie, sur une borne d’écoute, j’ai entendu les guitares rugissantes du Dirty de Sonic Youth, qui allait devenir un de mes albums de chevet. Beaucoup plus récemment, devenu vieux et fan de jazz, j’y ai découvert Lennie Tristano et la trompette de poche de Laurent Mignard. En tendant l’oreille, il y avait toujours quelque chose à apprendre, à la Fnac Italiens. C’est aussi la seule Fnac dont je connaissais le numéro par cœur : 01 48 01 02 03. Avec le temps, j’avais fini par le composer presque par réflexe dès lors que je m’inquiètais d’une sortie d’album. Il y a dix ans, j’avais pratiquement campé devant cette Fnac, par grand froid, afin de grapiller un billet gratuit pour un concert privé de Blur. Je n’ai pas eu le billet car j’ai dû sortir de la file presque arrivé au but… Mais ça reste un joli bout de souvenir. Tiens, je réalise que c’est sur ce disque de Blur que figure le morceau The Death Of A Party. Je vais l’écouter tout de suite, c’est de circonstance…
Posté le 3-/-0/2006 à 23: 2
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